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AVENTURE SPIRITUELLE
Un prince de Munhumutapa dans l'Ordre dominicainPhilippe Denis
La guerre de succession qui porta Mavhura au pouvoir eut un effet inattendu. Après la défaite de Kapararidze, les Portugais capturèrent un de ses fils, âgé d'une dizaine d'années. Selon Miguel de Noronha, le vice-roi des Indes, qui communiqua la nouvelle au roi du Portugal, son enlèvement résultait d'une "juste guerre" et était par conséquent "légitime". Mais le jeune prince n'était pas un prisonnier ordinaire. Le vice-roi, qui se trouvait à Mozambique, le prit sous sa protection. Il l'habilla à la portugaise, lui donna le nom chrétien de Miguel et l'emmena à Goa pour y être éduqué par les dominicains. L'enfant n'était pas le premier prince de Munhumutapa à séjourner à Goa. Quinze ans plus tôt, Dom Diogo, un des fils de Gatsi Rusere, avait suivi le même chemin. La conversion, plus ou moins forcée, des élites africaines valait un grand prestige aux officiers du roi. Ils contribuaient ainsi à l'évangélisation et renforçaient l'influence portugaise dans les possessions coloniales.Miguel ne demeura pas longtemps à Goa. En février 1630 le vicaire général des dominicains, Jeronimo de Paixào, envoya le jeune « catéchumène » dans un des couvents dominicains de Lisbonne pour y recevoir le baptême. Il était l'héritier de l'ancien roi de Munhumutapa, écrivit-il au provincial du Portugal, et dès lors méritait d'être traité comme un prince.Le fils de Kapararidze passa trois ans au Portugal. C'est là qu'il reçut l'habit dominicain et son nom en religion, Miguel da Presentaçào. En 1633 Lorenzo Tramallo, le collecteur du Portugal, recommanda au cardinal Barberini, le préfet de la Congrégation de la propagande de la foi, un "dominicain noir africain des terres de l'Orient" qui ne peut être que Miguel da Presentaçào. Bien que peu d'Européens soient du même avis, ajoutait-il, il était "résolument en faveur de l'ordination des indigènes au sacerdoce". Au chapitre général de Bologne (1615), les dominicains avaient décrété qu’aucun candidat né en Inde orientale ne devait être reçu dans l’Ordre sous peine de voir sa profession déclarée invalide. Il n’est pas exclu que Miguel ait été envoyé à Lisbone, sous l’immédiate protection de la couronne portugaise, pour pouvoir y être reçu dans l’Ordre malgré la résolution du chapitre de Bologne.En 1634 ou 1635, le jeune profès se trouvait à Goa. Le vicaire général, Jeronimo de Paixào, demanda une aide financière à la couronne pour l'entretien du prince. Celle-ci fut accordée immédiatement. Miguel fut ordonné prêtre quelques années plus tard et envoyé au couvent de Baçaim en Inde. En 1650, le roi du Portugal, qui cherchait un successeur à Mavhura, lui suggéra de retourner en Afrique pour y être couronné roi, mais il refusa, déclarant qu'il préférait rester en Inde.À cette date Miguel était au couvent Santa Barbara de Goa. Il semble avoir été un bon religieux. Pourtant, selon Ardizone Spinola, un Théatin italien qui avait fait sa connaissance à Goa, il était la victime des préjugés raciaux de ses frères :C'est un prêtre modèle, qui mène une vie exemplaire et dit la messe tous les jours. Pourtant, l'habit qu'il porte ne lui vaut aucune considération, simplement parce que son visage est noir. Si je n'avais pas vu la scène, je ne le croirais pas.On aimerait en savoir plus sur les relations entre races au couvent de Goa, mais le témoignage de Spinola est notre seule source. Dans tous les cas, Miguel se vit confier des responsabilités. Il enseigna la théologie et à la fin de sa vie fut nommé curé de la paroisse de Santa Barbara à Goa. En 1670 le maître général Thomas Rocaberti lui décerna le titre de maître en théologie. Quelles qu’aient été les tensions raciales au sein des communautés, Miguel jouissait de l’estime d’au moins une partie de ses frères.
Philippe Denis, Histoire des Dominicains en Afrique pp. 31-33 |
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