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Spiritualite2000.com
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Novembre
2001
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Appelés par Dieu à l'unité
Christian de Chergé,
trappiste
Moine et prieur du monastère
de Thibérine en Algérie. Assassiné en 1996
avec six autres moines
par des terroristes islamistes
(GIA).
n
peut même dire que toutes les perspectives de la rencontre
sont bouleversées quand il est donné au chrétien
que je suis de faire une authentique expérience spirituelle
à travers ce que l'autre a reçu en propre pour entretenir
en lui le goût de Dieu : appel à la prière,
geste de partage, réponse lumineuse, visage pacifié
d'un homme de foi, verset coranique, évidemment, puisque
je crois possible une véritable lectio divina
du Coran, en langue arabe surtout, si proche du milieu originel
de nos écritures.
Il
est toujours un peu douloureux de voir un homme de prière
et de vie intérieure s'arrêter aux énoncés
de la foi dans son dialogue avec l'autre, et buter sur l'opacité
de leurs incompatibilités, sans parvenir à chercher
l'autre dans les hauteurs ou les profondeurs où l'engage
la droiture de sa disponibilité au travail de l'Esprit,
en lui et au creuset de l'islam. La première fois qu'une
communauté soufie du voisinage a demandé à
nous rencontrer - c'était Noël 1979 -, son porte-parole
avait bien pris soin de préciser que c'était pour
un partage de prière qu'ils désiraient nous retrouver.
Nous
ne voulons pas, disait-il, nous engager avec vous dans un dialogue
théologique, car souvent il a dressé des barrières
qui sont le fait des hommes. Or, nous nous sentons appelés
par Dieu à l'unité. Il nous faut donc laisser Dieu
inventer entre nous quelque chose de nouveau. Cela ne peut se
faire que dans la prière . Il ajoutait encore :
Il n'y a qu'un petit nombre de musulmans qui pourraient comprendre.
Sans doute aussi, un très petit nombre de chrétiens
pour y croire. Mais c'est cela que nous nous sommes sentis appelés
à faire avec vous. C'est un cas exceptionnel, direz-vous!
Peut-être, mais cette expérience existe, et elle
n'est pas isolée. Elle m'aide à ne pas figer le
musulman dans l'idée que je m'en fais, ou qu'on m'en donne,
ni même dans ce qu'il peut dire de lui actuellement, majoritairement
.
Cela
nous aide beaucoup d'être confronté en tout à
l'omniprésence de l'affirmation musulmane. Comment allons-nous
la respecter, sans exclure a priori, sans inclure indûment
? Elle dit Dieu partout : il y a là comme un microclimat
qui libère la foi de tout respect humain ou faire réserve.
Et puis, il y a ces valeurs que véhicule la tradition musulmane
et qu'on s'attend d'ordinaire à trouver chez des moines
: prière rituelle, prière du cur (dhikr),
jeûne, veilles, aumône, sens de la louange et du pardon
de Dieu, foi nue en la gloire du Tout-Autre, et en la communion
des saints . Ce dernier mystère, essentiel pour nous,
indique bien le chemin qui y conduit.
C'est
à l'Esprit de Jésus de faire son travail entre nous,
et j'ai le sentiment que pour cela il se sert de nos différences,
u compris de celles qui nous heurtent davantage. Dans la prière
côte à côte, longuement vécue avec nos
amis soufis, notamment, nous nous rappelons que nous nous sommes
engagés sur une voie (une Tarîqâ), ordonnés
ensemble à une quête active et passive, dans une
mystique du désir conduisant à l'union à
Dieu. L'émulation spirituelle devient alors mutuelle charité;
et c'est l'évidence partagée d'être attirés
vers la même direction; c'est aussi l'humble aveu de rester
à la traîne, les uns et les autres.
-
Christian
de Chergé, dans 7 vies pour Dieu et l'Algérie
, p91-94, Bayard Editions, 1996.
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