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juillet-août
2002
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Pèlerinage
à la non-violence
par
Martin Luther King
'Evangile
bien compris intéresse la totalité de l'homme,
non seulement son âme mais aussi son corps, non seulement
son bien-être spirituel, mais aussi son bien-être
matériel. Une religion qui s'affirme concernée
par les âmes des hommes et qui ne l'est pas également
par les bidonvilles qui les damnent, les conditions économiques
qui les étranglent et les situations sociales qui les
paralysent, n'est qu'une religion spirituellement moribonde.
Pendant un temps je fus près de désespérer
du pouvoir de l'amour dans la solution des problèmes
sociaux. Les systèmes tels que présente-l'autre-joue
et aime-tes-ennemis sont valables, pensai-je,
uniquement dans les conflits d'individu àindividu. Mais
si les groupes raciaux et les nations sont en conflit, il faut
une méthode plus réaliste.
Je fis alors connaissance avec la vie et les enseignements
du Mahatma Gandhi. Et je fus profondément captivé
par ses campagnes de résistance non-violentes... Tout
le concept gandhien de satyagraha ( satya
est la vérité qui correspond à l'amour
et graha est la force ; satyagraha
signifie donc vérité-force ou
amour-force ) avait pour moi une signification profonde...
Mon scepticisme sur le pouvoir de l'amour, alors, diminua progressivement.
J'en arrivai à voir pour la première fois que
la doctrine chrétienne de l'amour, mis en aeuvre par
la méthode gandhienne de non-violence, est l'une des
armes les plus puissantes dont puisse disposer un peuple opprimé
dans sa lutte pour la liberté. Mais ce n'étaient
encore que compréhension et jugements intellectuels sans
dessein pratique dans un contexte social réel.
Lorsqu'en 1954 je partis comme pasteur à
Montgomery en Alabama, je n'avais pas la moindre idée
que je serais plus tard impliqué dans une crise où
la résistance non-violente serait applicable. J'avais
vécu environ un an . dans la communauté lorsque
se déclencha le boycottage des autobus. Poussé
à bout par des expériences humiliantes qu'ils
avaient constamment affrontés dans les autobus, les Noirs
de Montgomery exprimèrent dans une action massive de
non-coopération leur volonté d'être libres.
Ils trouvèrent qu'il était en fin de compte plus
honorable d'aller à pied dans les rues avec dignité
que de rouler en autobus dans l'humiliation. Au début
de cette protestation, les gens me demandèrent d'être
leur porte-parole. En acceptant cette responsabilité,
mon esprit consciemment ou inconsciemment, fut ramené
au Sermon sur la Montagne et à la méthode gandhienne
de résistance non-violente. Ce principe devint l'étoile
directrice de notre mouvement. Le Christ donnait l'esprit et
la motivation, Gandhi fournissait la méthode.
L'expérience de Montgomery fit plus pour
clarifier mes idées sur la non-violence que tous les
livres que j'avais lus. Au fil des jours, je me convainquais
toujours davantage de la puissance de la non-violence. Elle
devint beaucoup plus qu'une méthode que j'avais approuvée
intellectuellement, elle devint un engagement dans un style
de vie. De nombreux points que je n'avais pas réussi
à clarifer intellectuellement au sujet de la non-violence
se trouvèrent désormais résolus dans le
domaine de l'action pratique.
Je ne voudrais pas donner l'impression que la
nonviolence peut accomplir des miracles du jour au lendemain...
Et je suis certain que beaucoup de nos frères blancs
àMontgomery et partout dans le Sud restent amers envers
les meneurs noirs, bien que ceux-ci aient choisi une voie d'amour
et de non-violence. Mais la méthode non-violente atteint
les coeurs et les âmes qui se vouent à elle. Elle
leur donne un nouveau respect de soi. Elle fait appel à
des réserves de force et de courage qu'ils ne savaient
pas posséder. Finalement, elle émeut la conscience
de l'adversaire au point que la réconciliation devient
une réalité.
Prier avec Martin Luther King. Fides/Jean-Pierre
Delarge, 1981
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