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24 novembre 2000 |
Qu'est-ce que la vérité?
par Denis Gagnon, o.p.
«
Qu'est-ce
que la vérité?» Voilà une question incisive posée un jour par
un gouverneur de Palestine tristement célèbre (Cf. Jean
18, 38) La question s'adressait à un personnage non moins célèbre
qui venait de piquer le gouverneur en disant: «Je suis né et je
suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité» (Jean
18, 37).
La question
a souvent été interprétée comme impertinente. Question d'un
homme que l'expérience a désabusé. Mais pourtant, c'est la
question que nous portons tous au plus intime de nous-mêmes.
Question qui nous fait vivre. Question qui nous caresse et nous
blesse tout à la fois. Elle se trouve à l'origine de notre
dynamisme. Nous la retrouvons aux sommets que nous gravissons.
Il existe
des milliers de vérités. Le savant voit la vérité dans la
nature des choses que lui font connaître ses expériences
scientifiques. Le philosophe proteste en affirmant que la vérité
ne se trouve pas dans les objets, mais dans les liens qui les
rapprochent les uns des autres. L'artiste reconnaît la vérité
dans la beauté qui s'en dégage. Un autre la perçoit quand le
dire et le faire sont ajustés l'un à l'autre, quand un homme
ou une femme se tient debout, dans la transparence, sans duplicité.
Qui a
raison? Qui a trouvé la vérité? Le savant n'a peut-être pas
tort. Les propos du philosophe et l'oeuvre de l'artiste ne
sont peut-être pas faux. Mais la vérité les dépasse. La vérité
est toujours en avant, toujours au delà. Nos découvertes, si
importantes soient-elles, se rapprochent de la vérité, mais ne
l'atteignent pas totalement. À première vue, elles peuvent
nous paraître définitives, mais à les contempler, nous découvrons
vite qu'elles sont davantage des chemins qui nous invitent à
aller plus loin. Poursuivre la quête, forer davantage le puits,
creuser la mine. Les grands savants, les philosophes érudits, les
artistes accomplis se croient les plus ignorants de la terre. Ils
soupçonnent que ce qui leur reste à découvrir est autrement
plus vaste que les connaissances qu'ils ont déjà acquises.
La vérité
ne se possède pas; elle se cherche. Nous ne pourrons jamais clôturer
son domaine. La vérité est mystère. Elle se dit, mais les mots
ne peuvent la contenir totalement. Vous croyez la tenir, mais elle
s'échappe et appelle ailleurs. Vaste comme l'infini, elle se
loge pourtant au plus intime de nous-mêmes. Inaccessible et
pourtant si proche.
«Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage
à la vérité», dit Jésus à Pilate. De qui parlait-il? De Dieu?
De nous? Peut-être des deux. Peut-être de l'alliance entre les
deux. Dans l'espérance qu'ils ne fassent plus qu'un!
- Radio Ville-Marie
- « Rythme du matin »
- 24 novembre 2000
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