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Exposition
de Gaston Petit, o.p.
L'oeuvre
au religieux
Présentation
par Paul-Henri Girard o.p.
Environnement
Nous sommes en 1963. Gaston Petit est au début de
sa carrière artistique en Asie. L'église va
ouvrir ses portes au Concile de Vatican II. Il ne fallait
pas être bien malin pour pressentir des changements
profonds dans la liturgie et l'architecture des églises.
Gaston Petit est invité à aménager
l'intérieur d'une chapelle qui se construit sur le
terrain des Viatoriens à Kyôto. La tête
lui bourdonne d'idées neuves, osées
même, mais il sait se retenir pour ménager
les susceptibilités. Heureusement, l'élan
n'est pas trop freiné.
Gaston Petit fait des vitraux qu'il enchâsse dans
des formes d'acier, il élève des murales en
céramique formées d'assiettes et de vases
brisés. Ce qui donne à l'uvre une profondeur
tri-dimentionnelle. Derrière l'autel de granit noir,
il superpose des boîtes de verre, dans lesquelles
sont déposés des milliers de tubes de papier
blanc, noir et rouge de grosseurs différentes. Il
agence le tout, de sorte que ressort de là une silhouette
d'une Vierge dont la mission est d'écraser
de ses pieds la bête apocalyptique. Les étudiants
de l'école ne font pas qu'entourer l'artiste: ils
participent activement au jeu de création, aidant
à rouler ces 5800 tubes destinés à
la murale (fig.
7), à aider à la fabrication du Chemin
de Croix.
Dans un texte Gaston Petit note: À partir
de ce moment, l'art pour moi est devenu une vocation
au sens fort du mot. J'ai accepté ce chemin, avec
tout ce qu'il recelait et recèle encore d'imprévus,
d'exigences et de défis... J'ai avancé, souvent
à tâtons, mais toujours avec l'assurance que
je travaillais et comme dominicain et comme missionnaire,
peu importe la forme que prenait mon art. À
voir les formes que prend l'art de Petit, on se rend facilement
compte qu'il n'a pas dévier de son chemin!
Quelques années plus tard Gaston Petit revient au
même endroit pour parfaire l'aménagement et
s'attaquer à la réalisation de deux grandes
murales. La murale Alpha fut réalisée à
partir de tuiles carrées. Comme un enfant s'amuse
à construire des villes, des châteaux, des
enclos pour les bêtes, tout son monde de rêve
dans le sable mouillé de la plage, ainsi Petit construit
avec le même esprit d'enfance son monde intérieur
dans la terre glaise, rissolée au feu des hauts fourneaux
et à celui de son inspiration.
Pour l'autre murale Oméga, l'artiste étendit
sur le plancher une épaisse couche de glaise, dans
laquelle il burina des formes à faire sourire les
enfants, retrancha les surplus, érigea des reliefs
de petits monstres, peut-être des djinns, ces petits
esprits imaginaires qui déchirent nos rêves,
hantent les corniches des cathédrales, comme ces
gargouilles qui rappellent que le malin peut se trouver
là tout près du trône de la Sagesse,
pour barrer la route à nos élans, nous faire
heurter du pied les formes hideuses des ténèbres.
Heureusement, nous savons qu'il y a la Lumière du
monde: Celui qui se nomme Alpha et Oméga! Ces deux
murales de Gaston Petit nous placent dans l'atmosphère
d'une promesse, celle de la grande Veillée pascale
lorsque le célébrant, tenant la place du ressuscité,
proclame à haute voix:
Je suis le commencement
et fin de tout.
Je suis l'Alpha et l'Oméga
de la création
Vitraux
Cette atmosphère de Passage et de Parousie nous
la retrouvons dans les couleurs des vitraux de Gaston Petit.
Des centaines de mètres carrés d'une lumière
qui adoucie les obscurités du cur, fait relever
la tête vers Celui qui est suspendu au Bois, dans
une attitude d'accueil, ou la tourner vers une Présence
eucharistique qui assure la promesse d'un retour.
Je pense au grand vitrail de l'église des dominicains
de Shibuya à Tôkyô (fig.
8). Les
jours de soleil, le matin vers 10 heures, à l'heure
même où la communauté des fidèles
se réunie pour la fraction du pain, une joie envahit
les curs, figurée par un immense trait de couleurs
qui relie l'autel au crucifix. Gaston Petit lui-même
a dû être joyeusement surpris par cette échange
merveilleux du verre et de la lumière au moment où
s'accomplit le miracle du pain.
Il est important à l'architecte et à l'artiste
de se rappeler que le vitrail appartient d'abord au lieu
du culte qui l'a commandé. Le vitrail n'est jamais
à l'échelle d'un meuble décoratif,
mais une partie intégrante de ce lieu. Ce qui suppose
active collaboration entre l'artiste qui fait le dessin
et le verrier qui exécute le vitrail. Pour avoir
négligé des retouches ou mal renseigné
le maître d'uvre, il peut s'en suivre un échec
coûteux sur le double plan plastique et industriel.
Ayant compris ainsi les choses, Gaston Petit reconnaît
que les liens de compréhension entre artistes et
verriers doivent être serrés au point de tisser
une fraternité d'intuition créative qui prépare
l'assemblée des fidèles à vivre dans
l'absence le passage d'une Présence.
J'ai mentionné plus haut le vitrail de l'église
de Shibuya. Je veux souligner deux ou trois autres lieux
de culte où les vitraux ont été exécutés
dans cet esprit de compréhension.
D'abord, celui de l'église de Notre-Dame du Chemin
de Yamato-Takada, à Nara (fig.
9). À cause de l'environnement il apparut significatif
à Gaston Petit de réaliser le triangle suivant:
unir dans un équilibre heureux l'autel du sacrifice,
le pupitre des lectures et le baptistère de la renaissance.
Nous sommes ici près de l'ancienne capitale du Japon,
Nara, ville entourée de temples et de beaux jardins.
Gaston Petit a bien compris qu'il fallait tenir compte de
cette atmosphère. Alors, le baptistère est
composé d'un petit jardin de sable raclé,
au centre duquel s'élève une pierre naturelle
de couleur beige. Elle est surmontée d'une grande
assiette en métal noir, qui a pour rôle de
recevoir l'eau du baptême.
Le baptistère est à l'intérieur de
l'église mais collé à un vitrail. Or,
la partie supérieure du vitrail est colorée
tandis que la partie inférieure est transparente.
Ce qui permet de voir le petit jardin extérieur et
ainsi permettre un prolongement du baptistère. À
ce moment-là le vitrail-verrière n'est plus
un ornement, mais vraiment partie intégrante de la
maison qui habite la communauté.
Un autre endroit que je mentionne rapidement: c'est le
vitrail de l'église de Kanazawa Bunkô, uvre
des années 1985. Il s'agit d'une suite de vitraux,
d'abord aux couleurs rouge, jaune, ocre, bleu. Ce qui indique
bien le lieu où le soleil commence sa course dans
la joie du matin, pour la terminer dans le silence du soir.
Comment ne pas songer au Soleil levant qui vient nous visiter,
Celui qui éclaire le monde et que le monde néglige
de recevoir. Mais à qui prend le temps de s'asseoir
un moment dans ce lieu pour se laisser pénétrer
des lumières que diffusent les vitraux saura y trouver
sa joie, une chaleur intérieure, et le plaisir d'une
Rencontre. Tel est la leçon de choses que nous indique
le vitrail dans la maison-Dieu. Nous collons de près
à l'uvre au religieux! (fig.
10, 11
et 12).

Au temps où le peuple ne savait pas lire, les vitraux
servaient de petit catéchisme en images.
Mais aujourd'hui, leur utilité se concentre dans
le fait d'être porteur de lumière et de silence,
tout en offrant au cur en prière un milieu
favorable à la célébration d'un Mystère:
Mystère manifesté dans la chair,
justifié dans l'Esprit
vu des Anges, cru dans le monde,
enlevé dans la gloire. (I Tim. 3: 14).
À ce titre-là, le rôle des vitraux
de l'église de Kanazawa Bunkô est une réussite:
qui craint les ténèbres, sortira rassuré
d'une liturgie qui donne des tonalités d'Apocalypse,
c'est-à-dire la révélation d'un ciel
nouveau et d'une terre nouvelle déjà commencés.
Au cours de l'année, chaque coin du Japon a son
festival de lumière. Gaston Petit n'est pas et ne
prétend pas être japonais. Mais ses nombreuses
années passées au pays du soleil levant -
plus de 40 ans - le mettent à l'aise. Ce pays, il
l'a un peu beaucoup dans la peau: question d'inculturation
et d'ouverture. Et chez lui, la mesure est généreuse.
Question aussi de faire siennes les fêtes de feu,
les fêtes d'eau, les fêtes de moisson, qui scandent
les saisons. Rappelons-nous les Rogations d'autrefois.
Gaston Petit ramasse à sa manière ce que l'Occident
a laissé échapper et continue en Orient à
s'en nourrir à travers des fêtes et des liturgies
pleines de couleurs et de gaietés.
Cela, Gaston Petit essaie de l'enseigner aux jeunes architectes
japonais avec qui il travaille constamment. Il s'efforce
de les initier aux dimensions religieuses de son art, les
laissant libres de trouver en eux-mêmes les formes
d'architecture qui favorisent la prière, rassemblent
des éléments de lumière qui nourrissent
la méditation, créent l'environnement indispensable
pour ouvrir sur l'admirable échange. Gaston Petit
les rend attentifs à la richesse de leur folklore,
qu'ils semblent parfois oublier.
En somme, Petit a à son crédit la restauration
et l'aménagement d'une cinquantaine de lieux de culte
au Japon. Sans se départir du dynamisme et de la
force d'invention qu'on lui connaît, il trace continuellement
sa voie, essayant autant que possible d'éviter les
ornières qui ont entravé l'élan originel
des liturgies occidentales, sans désespérer
non plus - car la tâche de réfection n'est
pas toujours chose aisée - les artistes qui viennent
chercher conseil auprès de lui. Il s'est fait ambassadeur
d'une bonne Nouvelle, mais d'une façon qui est la
sienne. Celle d'exprimer à travers son art l'édification
d'un monde meilleur.
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