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Les trésors de l'art religieux
« La beauté sauvera le monde » Dostoïevski

Exposition de juin à septembre 2002 

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2002-05-30

(Page 4)

Exposition de Gaston Petit, o.p.

L'oeuvre au religieux

Présentation par Paul-Henri Girard o.p.

Environnement

Nous sommes en 1963. Gaston Petit est au début de sa carrière artistique en Asie. L'église va ouvrir ses portes au Concile de Vatican II. Il ne fallait pas être bien malin pour pressentir des changements profonds dans la liturgie et l'architecture des églises. Gaston Petit est invité à aménager l'intérieur d'une chapelle qui se construit sur le terrain des Viatoriens à Kyôto. La tête lui bourdonne d'idées neuves, osées même, mais il sait se retenir pour ménager les susceptibilités. Heureusement, l'élan n'est pas trop freiné.

Gaston Petit fait des vitraux qu'il enchâsse dans des formes d'acier, il élève des murales en céramique formées d'assiettes et de vases brisés. Ce qui donne à l'œuvre une profondeur tri-dimentionnelle. Derrière l'autel de granit noir, il superpose des boîtes de verre, dans lesquelles sont déposés des milliers de tubes de papier blanc, noir et rouge de grosseurs différentes. Il agence le tout, de sorte que ressort de là une silhouette d'une Vierge dont la mission est Chapelle de Rakusei d'écraser de ses pieds la bête apocalyptique. Les étudiants de l'école ne font pas qu'entourer l'artiste: ils participent activement au jeu de création, aidant à rouler ces 5800 tubes destinés à la murale (fig. 7), à aider à la fabrication du Chemin de Croix.

Dans un texte Gaston Petit note: À partir de ce moment, l'art pour moi est devenu une vocation au sens fort du mot. J'ai accepté ce chemin, avec tout ce qu'il recelait et recèle encore d'imprévus, d'exigences et de défis... J'ai avancé, souvent à tâtons, mais toujours avec l'assurance que je travaillais et comme dominicain et comme missionnaire, peu importe la forme que prenait mon art. À voir les formes que prend l'art de Petit, on se rend facilement compte qu'il n'a pas dévier de son chemin!

Quelques années plus tard Gaston Petit revient au même endroit pour parfaire l'aménagement et s'attaquer à la réalisation de deux grandes murales. La murale Alpha fut réalisée à partir de tuiles carrées. Comme un enfant s'amuse à construire des villes, des châteaux, des enclos pour les bêtes, tout son monde de rêve dans le sable mouillé de la plage, ainsi Petit construit avec le même esprit d'enfance son monde intérieur dans la terre glaise, rissolée au feu des hauts fourneaux et à celui de son inspiration.

Pour l'autre murale Oméga, l'artiste étendit sur le plancher une épaisse couche de glaise, dans laquelle il burina des formes à faire sourire les enfants, retrancha les surplus, érigea des reliefs de petits monstres, peut-être des djinns, ces petits esprits imaginaires qui déchirent nos rêves, hantent les corniches des cathédrales, comme ces gargouilles qui rappellent que le malin peut se trouver là tout près du trône de la Sagesse, pour barrer la route à nos élans, nous faire heurter du pied les formes hideuses des ténèbres. Heureusement, nous savons qu'il y a la Lumière du monde: Celui qui se nomme Alpha et Oméga! Ces deux murales de Gaston Petit nous placent dans l'atmosphère d'une promesse, celle de la grande Veillée pascale lorsque le célébrant, tenant la place du ressuscité, proclame à haute voix:

Je suis le commencement
et fin de tout.
Je suis l'Alpha et l'Oméga
de la création

Vitraux

Cette atmosphère de Passage et de Parousie nous la retrouvons dans les couleurs des vitraux de Gaston Petit. Des centaines de mètres carrés d'une lumière qui adoucie les obscurités du cœur, fait relever la tête vers Celui qui est suspendu au Bois, dans une attitude d'accueil, ou la tourner vers une Présence eucharistique qui assure la promesse d'un retour.

Je pense au grand vitrail de l'église des dominicains de Shibuya à Tôkyô (fig. 8). église de Shibuya Les jours de soleil, le matin vers 10 heures, à l'heure même où la communauté des fidèles se réunie pour la fraction du pain, une joie envahit les cœurs, figurée par un immense trait de couleurs qui relie l'autel au crucifix. Gaston Petit lui-même a dû être joyeusement surpris par cette échange merveilleux du verre et de la lumière au moment où s'accomplit le miracle du pain.

Il est important à l'architecte et à l'artiste de se rappeler que le vitrail appartient d'abord au lieu du culte qui l'a commandé. Le vitrail n'est jamais à l'échelle d'un meuble décoratif, mais une partie intégrante de ce lieu. Ce qui suppose active collaboration entre l'artiste qui fait le dessin et le verrier qui exécute le vitrail. Pour avoir négligé des retouches ou mal renseigné le maître d'œuvre, il peut s'en suivre un échec coûteux sur le double plan plastique et industriel. Ayant compris ainsi les choses, Gaston Petit reconnaît que les liens de compréhension entre artistes et verriers doivent être serrés au point de tisser une fraternité d'intuition créative qui prépare l'assemblée des fidèles à vivre dans l'absence le passage d'une Présence.

J'ai mentionné plus haut le vitrail de l'église de Shibuya. Je veux souligner deux ou trois autres lieux de culte où les vitraux ont été exécutés dans cet esprit de Eglise de Yamato Takada compréhension. D'abord, celui de l'église de Notre-Dame du Chemin de Yamato-Takada, à Nara (fig. 9). À cause de l'environnement il apparut significatif à Gaston Petit de réaliser le triangle suivant: unir dans un équilibre heureux l'autel du sacrifice, le pupitre des lectures et le baptistère de la renaissance.

Nous sommes ici près de l'ancienne capitale du Japon, Nara, ville entourée de temples et de beaux jardins. Gaston Petit a bien compris qu'il fallait tenir compte de cette atmosphère. Alors, le baptistère est composé d'un petit jardin de sable raclé, au centre duquel s'élève une pierre naturelle de couleur beige. Elle est surmontée d'une grande assiette en métal noir, qui a pour rôle de recevoir l'eau du baptême.
Le baptistère est à l'intérieur de l'église mais collé à un vitrail. Or, la partie supérieure du vitrail est colorée tandis que la partie inférieure est transparente. Ce qui permet de voir le petit jardin extérieur et ainsi permettre un prolongement du baptistère. À ce moment-là le vitrail-verrière n'est plus un ornement, mais vraiment partie intégrante de la maison qui habite la communauté.

Un autre endroit que je mentionne rapidement: c'est le vitrail de l'église de Kanazawa Bunkô, œuvre des années 1985. Il s'agit d'une suite de vitraux, d'abord aux couleurs rouge, jaune, ocre, bleu. Ce qui indique bien le lieu où le soleil commence sa course dans la joie du matin, pour la terminer dans le silence du soir. Comment ne pas songer au Soleil levant qui vient nous visiter, Celui qui éclaire le monde et que le monde néglige de recevoir. Mais à qui prend le temps de s'asseoir un moment dans ce lieu pour se laisser pénétrer des lumières que diffusent les vitraux saura y trouver sa joie, une chaleur intérieure, et le plaisir d'une Rencontre. Tel est la leçon de choses que nous indique le vitrail dans la maison-Dieu. Nous collons de près à l'œuvre au religieux! (fig. 10, 11 et 12).


Kanazawa Bunko
      Kanazawa Bunko     Kanazawa Bunko

Au temps où le peuple ne savait pas lire, les vitraux servaient de petit catéchisme en images. Mais aujourd'hui, leur utilité se concentre dans le fait d'être porteur de lumière et de silence, tout en offrant au cœur en prière un milieu favorable à la célébration d'un Mystère:

Mystère manifesté dans la chair,
justifié dans l'Esprit
vu des Anges, cru dans le monde,
enlevé dans la gloire. (I Tim. 3: 14).

À ce titre-là, le rôle des vitraux de l'église de Kanazawa Bunkô est une réussite: qui craint les ténèbres, sortira rassuré d'une liturgie qui donne des tonalités d'Apocalypse, c'est-à-dire la révélation d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle déjà commencés.

Au cours de l'année, chaque coin du Japon a son festival de lumière. Gaston Petit n'est pas et ne prétend pas être japonais. Mais ses nombreuses années passées au pays du soleil levant - plus de 40 ans - le mettent à l'aise. Ce pays, il l'a un peu beaucoup dans la peau: question d'inculturation et d'ouverture. Et chez lui, la mesure est généreuse. Question aussi de faire siennes les fêtes de feu, les fêtes d'eau, les fêtes de moisson, qui scandent les saisons. Rappelons-nous les Rogations d'autrefois. Gaston Petit ramasse à sa manière ce que l'Occident a laissé échapper et continue en Orient à s'en nourrir à travers des fêtes et des liturgies pleines de couleurs et de gaietés.

Cela, Gaston Petit essaie de l'enseigner aux jeunes architectes japonais avec qui il travaille constamment. Il s'efforce de les initier aux dimensions religieuses de son art, les laissant libres de trouver en eux-mêmes les formes d'architecture qui favorisent la prière, rassemblent des éléments de lumière qui nourrissent la méditation, créent l'environnement indispensable pour ouvrir sur l'admirable échange. Gaston Petit les rend attentifs à la richesse de leur folklore, qu'ils semblent parfois oublier.

En somme, Petit a à son crédit la restauration et l'aménagement d'une cinquantaine de lieux de culte au Japon. Sans se départir du dynamisme et de la force d'invention qu'on lui connaît, il trace continuellement sa voie, essayant autant que possible d'éviter les ornières qui ont entravé l'élan originel des liturgies occidentales, sans désespérer non plus - car la tâche de réfection n'est pas toujours chose aisée - les artistes qui viennent chercher conseil auprès de lui. Il s'est fait ambassadeur d'une bonne Nouvelle, mais d'une façon qui est la sienne. Celle d'exprimer à travers son art l'édification d'un monde meilleur.

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