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Les trésors de l'art religieux
« La beauté sauvera le monde » Dostoïevski

Exposition de juin à septembre 2002 

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2002-05-30

(Page 3)

Exposition de Gaston Petit, o.p.

L'oeuvre au religieux

Présentation par Paul-Henri Girard o.p.

Au creux de l'inconscient

Dans les exemples cités plus haut, les symboles religieux sont en général assez clairs. Mais il faut savoir que le cœur humain, que le geste artistique essaie d'exprimer, ne se dévoile pas toujours aussi aisément. L'artiste lui-même l'avoue: Il y a sûrement d'autres possibilités de compréhension et d'autres lectures non encore formulées même chez moi, par exemple au niveau de l'inconscient…
L'inconscient est une valeur réelle dont il faut tenir compte dans l'expression artistique. Chez Gaston Petit, il arrive souvent que les personnages, les objets, parce qu'ils ont valeur de symboles, baignent dans une atmosphère irréelle, fantaisiste, souvent onirique. Et pourquoi pas? Le rêve est si proche de notre vie! À côté de personnages contemporains apparaissent subitement des êtres d'une autre époque.

L'être humain a ses avatars! Sans aucune transition, il arrive que des personnages reviennent habiter notre mémoire, humer le quotidien de notre vécu. Ils sont là: tantôt douceur de visages enfantins, langueurs molles des désirs, tantôt route chaude vers le désert ou mirage de la mémoire. La douleur n'en n'est pas absence, régénérée par le geste du Serviteur souffrant (Isaïe 53, 4):

Ce sont nos souffrances qu'il a portées,
Nous l'estimions frappé par Dieu et humilié
Mais dans ses plaies se trouvait notre guérison.

Mémoire! Un mot qu'affectionne particulièrement Gaston Petit. On le sait, la mémoire peut parfois être mirage ou miroir, parfois route vers l'inconscient. Tout cela est présent dans les titres qu'ils donnent à ses œuvres. De quelle mémoire s'agit-il ici? De cette faculté qui sait nous faire oublier les ombres de la vie? Non, il s'agit de la mémoire dont les moments privilégiés nous font revenir aux intermittences du cœur. Cette mémoire qui nous rappelle soudain les jouets de l'enfance, les rêves de notre jeunesse, les fantaisies trop longtemps désirées et maintenant remisées au tiroir des souvenirs, inutiles aux adultes que nous sommes devenus.

L'artiste tourne les pages de son histoire, mais en sens inverse, donc vers le passé, qui nous parle de son vivier ancestral. Reculons nous aussi dans le temps. Petit vient d'avoir 50 ans. Il amarre la nef de son parcours au demi-siècle de sa course. Sur la grève de l'indicible, il fouille les âges à la recherche de forces renouvelées qui le fera voguer vers l'autre moitié de sa randonnée.

Les objets sont bien connus, d'autres moins, ou pas du tout. Tout bouge et vibre en lui. Le tracé des dessins fait voir comment les sentiments se choquent et se mêlent. Les mains disent, la bouche regarde, les yeux écoutent les battements du cœur. À travers le subconscient, l'artiste rejoint ses avatars: danses des premières nations, chansons atonales et incantatoires, suppliques des générations qui lui ont permis de naître, d'exploser jusqu'au haut dire de l'expression artistique.

Prédelle (4 dessins) Ouvrons le cahier intitulé Prédelle (fig. 6), qui n'est autre qu'un grand voyage sur le retable de l'inconscient. Ici, il faut se faire visionnaire, se mettre au diapason des images qui bougent comme des dessins animés. Sur plus de 100 dessins exécutés au crayon-feutre, Petit en a retenu 60. Chaque page tournée nous fait entrer en douce, comme sur le pointe des pieds, dans les cavernes creuses du moi, et permet de communier au non-dit profond du subconscient. Au premier abord tout semble flou, confus, gris, anonyme. Il n'en est rien.

Il s'agit de descendre avec lui l'escalier des âges pour entendre aussitôt le chant d'une mère, inquiète peut-être mais confiante, communier aux soucis d'un père qui revient des tournées de fatigues, regarder les portraits des ancêtres qui tendent des mains vers les rejetons, d'énormes mains pour saisir le fil intemporel du dialogue, du mystère qui les ont façonnées. Quelques lignes du texte qui accompagne chaque dessin disent l'insaisissable. Regardons un moment bouger ces mains qui déchirent l'aube, cajolent les visages qui s'éveillent au temporel et se donnent au soleil d'un jour nouveau.

Nous le voyons: des mains travailleuses et pleines de couleurs. Des mains qui racontent des soirées de deuil, des mains qui ensorcellent les monstres maléfiques. Des mains qui cherchent d'autres mains dans le désir de rejoindre le cœur. Toujours la hantise des mains, des doigts qui tracent comme dans un rêve les contours d'un paradis à gagner. Les mains du peintre, du poète, du prêtre. L'art de Gaston Petit est mystérieux, passionné, parfois sublime, toujours humain.

Cheminement du voyeur

Quand vas-tu faire de l'art religieux? disions-nous plus haut. Probablement que le collègue ne trouvait pas assez dans l'œuvre de Gaston Petit les représentations pieuses et traditionnelles, la mièvrerie un peu sentimentale des années Saint-Sulpice. Gaston Petit, après tout, n'est-il pas prêtre et missionnaire? N'est-on pas en droit d'attendre de lui des images de Christ, de Vierge, d'anges, ou d'autres objets qui créent l'atmosphère religieuse d'une église. Où sont calices, tabernacles, crucifix, lampes de sanctuaire, chemins de croix?

Cette personne n'avait pas tort d'exiger cela d'un artiste qui prétend que son art s'élève jusqu'au religieux. Mais voilà: pour Gaston Petit, qui n'exclut pas automatiquement ces objets dits de piété, l'art religieux ce n'est pas d'abord cela. Pour lui, ce qui fait le religieux dans l'art, ce n'est pas la forme extérieure de l'objet, ni son lieu d'utilisation, mais le mouvement intérieur, émotionnel, subjectif même, qui apporte autant au voyant qu'au voyeur (celui qui crée et celui qui regarde), lumière, paix, élévation, et, je dis même: expérience mystique. C'est le regard qui à travers telle forme donnée, sait rejoindre l'élan du cœur, apportant recueillement, intimité, joie dans l'illumination.

Un art qui crée une telle ambiance, qui invite à l'humilité et fait goûter à la pauvreté du cœur, un tel art, dis-je, est religieux puisqu'il relie au divin et fait communier à la démarche intérieure qui a poussé l'artiste à s'exprimer dans cette courbe d'existence et provoquer un soleil amoureux, fragile, imparfait, mais suffisamment éclairant pour écarter les ténèbres du quotidien, convoquer à la louange. Encore une fois, tout cela n'empêche pas l'artiste de s'exprimer à travers des formes traditionnelles, pieuses même. Mais la dominante est ailleurs. Gaston Petit poursuit à sa façon la route de son métier. Une route parfois droite et facile, parfois rude et escarpée. Mais, il consent toujours à nous accompagner, à nous aider dans notre cheminement de voyeur.

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