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Exposition
de Gaston Petit, o.p.
L'oeuvre
au religieux
Présentation
par Paul-Henri Girard o.p.
Au creux de l'inconscient
Dans les exemples cités plus haut, les symboles
religieux sont en général assez
clairs. Mais il faut savoir que le cur humain, que
le geste artistique essaie d'exprimer, ne se dévoile
pas toujours aussi aisément. L'artiste lui-même
l'avoue: Il y a sûrement d'autres possibilités
de compréhension et d'autres lectures non encore
formulées même chez moi, par exemple au niveau
de l'inconscient
L'inconscient est une valeur réelle dont il faut
tenir compte dans l'expression artistique. Chez Gaston Petit,
il arrive souvent que les personnages, les objets, parce
qu'ils ont valeur de symboles, baignent dans une atmosphère
irréelle, fantaisiste, souvent onirique. Et pourquoi
pas? Le rêve est si proche de notre vie! À
côté de personnages contemporains apparaissent
subitement des êtres d'une autre époque.
L'être humain a ses avatars! Sans aucune transition,
il arrive que des personnages reviennent habiter notre mémoire,
humer le quotidien de notre vécu. Ils sont là:
tantôt douceur de visages enfantins, langueurs molles
des désirs, tantôt route chaude vers le désert
ou mirage de la mémoire. La douleur n'en n'est pas
absence, régénérée par le geste
du Serviteur souffrant (Isaïe 53, 4):
Ce sont nos souffrances qu'il a portées,
Nous l'estimions frappé par Dieu et humilié
Mais dans ses plaies se trouvait notre guérison.
Mémoire! Un mot qu'affectionne particulièrement
Gaston Petit. On le sait, la mémoire peut parfois
être mirage ou miroir, parfois route vers l'inconscient.
Tout cela est présent dans les titres qu'ils donnent
à ses uvres. De quelle mémoire s'agit-il
ici? De cette faculté qui sait nous faire oublier
les ombres de la vie? Non, il s'agit de la mémoire
dont les moments privilégiés nous font revenir
aux intermittences du cur. Cette mémoire
qui nous rappelle soudain les jouets de l'enfance, les rêves
de notre jeunesse, les fantaisies trop longtemps désirées
et maintenant remisées au tiroir des souvenirs, inutiles
aux adultes que nous sommes devenus.
L'artiste tourne les pages de son histoire, mais en sens
inverse, donc vers le passé, qui nous parle de son
vivier ancestral. Reculons nous aussi dans le temps. Petit
vient d'avoir 50 ans. Il amarre la nef de son parcours au
demi-siècle de sa course. Sur la grève de
l'indicible, il fouille les âges à la recherche
de forces renouvelées qui le fera voguer vers l'autre
moitié de sa randonnée.
Les objets sont bien connus, d'autres moins, ou pas du
tout. Tout bouge et vibre en lui. Le tracé des dessins
fait voir comment les sentiments se choquent et se mêlent.
Les mains disent, la bouche regarde, les yeux écoutent
les battements du cur. À travers le subconscient,
l'artiste rejoint ses avatars: danses des premières
nations, chansons atonales et incantatoires, suppliques
des générations qui lui ont permis de naître,
d'exploser jusqu'au haut dire de l'expression artistique.
Ouvrons
le cahier intitulé Prédelle (fig.
6), qui n'est autre qu'un grand voyage sur le retable
de l'inconscient. Ici, il faut se faire visionnaire, se
mettre au diapason des images qui bougent comme des dessins
animés. Sur plus de 100 dessins exécutés
au crayon-feutre, Petit en a retenu 60. Chaque page tournée
nous fait entrer en douce, comme sur le pointe des pieds,
dans les cavernes creuses du moi, et permet de communier
au non-dit profond du subconscient. Au premier abord tout
semble flou, confus, gris, anonyme. Il n'en est rien.
Il s'agit de descendre avec lui l'escalier des âges
pour entendre aussitôt le chant d'une mère,
inquiète peut-être mais confiante, communier
aux soucis d'un père qui revient des tournées
de fatigues, regarder les portraits des ancêtres qui
tendent des mains vers les rejetons, d'énormes mains
pour saisir le fil intemporel du dialogue, du mystère
qui les ont façonnées. Quelques lignes du
texte qui accompagne chaque dessin disent l'insaisissable.
Regardons un moment bouger ces mains qui déchirent
l'aube, cajolent les visages qui s'éveillent au temporel
et se donnent au soleil d'un jour nouveau.
Nous le voyons: des mains travailleuses et pleines de couleurs.
Des mains qui racontent des soirées de deuil, des
mains qui ensorcellent les monstres maléfiques. Des
mains qui cherchent d'autres mains dans le désir
de rejoindre le cur. Toujours la hantise des mains,
des doigts qui tracent comme dans un rêve les contours
d'un paradis à gagner. Les mains du peintre, du poète,
du prêtre. L'art de Gaston Petit est mystérieux,
passionné, parfois sublime, toujours humain.
Cheminement du voyeur
Quand vas-tu faire de l'art religieux? disions-nous
plus haut. Probablement que le collègue ne trouvait
pas assez dans l'uvre de Gaston Petit les représentations
pieuses et traditionnelles, la mièvrerie un peu sentimentale
des années Saint-Sulpice. Gaston Petit, après
tout, n'est-il pas prêtre et missionnaire? N'est-on
pas en droit d'attendre de lui des images de Christ, de
Vierge, d'anges, ou d'autres objets qui créent l'atmosphère
religieuse d'une église. Où sont calices,
tabernacles, crucifix, lampes de sanctuaire, chemins de
croix?
Cette personne n'avait pas tort d'exiger cela d'un artiste
qui prétend que son art s'élève jusqu'au
religieux. Mais voilà: pour Gaston Petit, qui n'exclut
pas automatiquement ces objets dits de piété,
l'art religieux ce n'est pas d'abord cela. Pour lui, ce
qui fait le religieux dans l'art, ce n'est pas la forme
extérieure de l'objet, ni son lieu d'utilisation,
mais le mouvement intérieur, émotionnel, subjectif
même, qui apporte autant au voyant qu'au voyeur (celui
qui crée et celui qui regarde), lumière, paix,
élévation, et, je dis même: expérience
mystique. C'est le regard qui à travers telle forme
donnée, sait rejoindre l'élan du cur,
apportant recueillement, intimité, joie dans l'illumination.
Un art qui crée une telle ambiance, qui invite à
l'humilité et fait goûter à la pauvreté
du cur, un tel art, dis-je, est religieux
puisqu'il relie au divin et fait communier à
la démarche intérieure qui a poussé
l'artiste à s'exprimer dans cette courbe d'existence
et provoquer un soleil amoureux, fragile, imparfait, mais
suffisamment éclairant pour écarter les ténèbres
du quotidien, convoquer à la louange. Encore une
fois, tout cela n'empêche pas l'artiste de s'exprimer
à travers des formes traditionnelles, pieuses même.
Mais la dominante est ailleurs. Gaston Petit poursuit à
sa façon la route de son métier. Une route
parfois droite et facile, parfois rude et escarpée.
Mais, il consent toujours à nous accompagner, à
nous aider dans notre cheminement de voyeur.
Suite : >>>>>
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