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Exposition
de Gaston Petit, o.p.
L'oeuvre
au religieux
Présentation
par Paul-Henri Girard o.p.
Au havre d'un accord
C'est avec beaucoup de simplicité qu'il
faut regarder les détails de ce tableau. Au centre,
un immense escalier blanc qui relie terre et
ciel. Au bas, une jeune fille est assise sur la première
marche. Ses yeux fixent un livre. Elle tourne les pages
avec ses doigts respectueux. Elle cherche le mot, la prophétie
Un fruit a roulé jusqu'au milieu de l'escalier, dont
le sens symbolique n'échappe pas: fruit de l'arbre
de la connaissance du bien et du mal tel que le livre de
la Genèse le décrit.
Non loin de la jeune fille s'ouvre une grande
fleur de lotus, emblème d'innocence et de pureté
retrouvée. Un peu en retrait mais suffisamment visible
s'est posée une colombe. Elle semble venu livrer
un message de la part des trois personnages qui dialoguent
au haut de l'escalier.
Je dis que c'est une bonne Nouvelle, à
cause des trois danseurs - grand merci à Matisse
pour l'inspiration! - qui font la ronde sur le mur vert
et bleu de l'escalier. À
coup sûr, se prépare une fête. Ce n'est
pas encore le déploiement d'une Annonciation, mais
une recherche dans le livre d'Isaïe d'une prophétie
sur le point de se réaliser. Une parole qui apportera
l'Emmanuel au milieu de nous. Ce tableau d'une grande beauté
reflète la paix, prépare au mystère
qui va bientôt éclater d'abord
dans Métaphange (fig.
3), mais surtout dans le triptyque de L'étonnant
message (fig.
4). Deux uvres envoûtantes qui éparpillent
sur nous grâces et fleurs à profusion.
L'étonnant message
Les artistes, sous des dehors parfois désinvoltes,
sont timides devant leur uvre. Ils ont besoin d'être
rassurés. À preuve cette question qu'un jour
Gaston Petit me posa subitement: D'après toi,
cette toile, elle représente quoi?> Au risque
d'être piégé j'ai répondu: Une
Annonciation?. Je poussai un long soupir de satisfaction,
lorsque Petit me dit que j'avais vu juste. Tout dans cette
uvre justifie le titre, mais la présentation
est si personnelle que j'aurais pu facilement dérailler.
Du côté gauche en gros plan un personnage masculin.
Il porte une ombrelle, qu'il présente à une
dame, qui se tient debout à l'autre extrémité
du tableau. Elle semble acquiescer, puisqu'elle penche gracieusement
la tête vers l'homme qui fait le geste de donner.
Version extrême-orientale d'annoncer le mystère
qui relie Dieu au monde! Il s'agit bien d'une reprise du
thème mille fois peint et dessiné dans l'iconographie
chrétienne, celui de l'Annonciation.
L'ombrelle - ou le dais - a été
depuis le temps des Assyriens, des égyptiens, des
Mayas, jusqu'à nos récentes processions de
Fête-Dieu le signe de la royauté, du pouvoir
divin. Les dignitaires royaux choisis par quelque divinité
sont généralement dépeints sous une
ombrelle ou un dais, auxquels ont souvent été
associées gerbes et couronnes de fleurs pour exprimer
la joie, le ravissement devant le mystère qui va
s'accomplir.
L'uvre est faite de tissus collés
et peints sur bois. Elle est exécutée dans
un vocabulaire tout à fait japonais.
Le personnage masculin porte un vêtement de Kabuki,
théâtre classique japonais. La dame est vêtue
d'un kimono élégant mais sobre. À ses
pieds un instrument musical appelé shamisen, (genre
de mandoline à trois cordes) au lieu du traditionnel
Livre d'heures que peignent les artistes occidentaux. Kabuki,
kimono, shamisen: une scène bien orientale, mais
tout cela n'étouffe pas le message: Je te salue,
tu es Privilégiée! Scène aussi
valable que celle par exemple représentée
par un autre dominicain, Fra Angelico, et montrée
au couvent Saint-Marc de Florence.
C'est heureux que Gaston Petit ne soit pas
tombé dans le travers du plagiat. Je veux dire qu'il
ait su éviter le piège de l'imitation banale
qui aboutit à l'usure du déjà vu, à
la perte du sens profond de la force créatrice, qui
d'ailleurs ne ferait que mener vers la mièvrerie
de la crédulité. Au contraire, Petit est allé
plus avant, trouvant des symboles qui correspondent à
la culture du pays où il missionne, et aussi à
la façon qui lui est propre de vivre un mystère
aussi grand.
étendards d'un jour
étendards d'un jour fait aussi parti
de l'uvre au religieux, à n'en pas douter.
Le
titre au complet est étendards un jour, étendards
toujours (fig.
5). Je rappelle ici l'atmosphère de la première
et combien magnifique exposition, dont cette uvre
faisait partie. Nous sommes en 1992 au Musée des
Beaux-Arts de Yokohama. À l'entrée de la Galerie
d'exposition le visiteur fait face à trois étendards
presque au garde-à-vous, exigeant de celui qui s'approche
du lieu un moment de recueillement, d'attention: Regardez-nous.
Ne passez pas sans nous voir semblent dire les étendards.
On comprend vite que ces étendards
jouent un rôle analogue à celui du tatebyobu
(paravent), ce petit mur mobile qui se trouve à l'entrée
des vieilles maisons japonaises et dont le double rôle
est de protéger des indiscrétions de la rue
et en même temps chasser les esprits maléfiques
qui pourraient venir brouiller la joie de la maisonnée.
Dieu, tu es un Dieu caché! C'est vrai,
mais Il se révèle à qui a la patience
de le chercher. Le religieux dans l'uvre de Petit
exige le même effort. étendards un jour est
un bon exemple de la patiente recherche.
Une trilogie composée de trois kimonos
décousus et collés en aplat sur des panneaux
de bois de même dimension et de même forme que
les vêtements. Le kimono du centre, sensiblement plus
grand que les deux autres, est blanc. Il porte sur le collet
une marque noire. Une longue bande rouge descend jusqu'au
bas du vêtement. Au revers un soleil rouge se dégage
lentement d'un tracé en méandre noir. Les
deux autres kimonos sont l'un doré, l'autre noir.
À l'avers, le tout représente
une Crucifixion. Il n'y a pas de croix, ni de calice pour
recevoir le sang de l'Agneau immolé. Mais le mystère
du salut est clairement exprimé. L'ensemble pourrait
s'inspirer des crucifix siennois, où le Christ peint
sur le bois fait corps avec le support même. Au revers,
les vêtements cruciformes représentent
une résurrection. Magie d'une transfiguration pascale!
Le kimono du centre représente le Christ
portant sur la poitrine la marque noire d'une blessure laissée
par la lance et d'où s'échappe une longue
traînée de sang. Le soleil rouge de la résurrection
est là, un soleil qui sort victorieux des courbes
sinueuses du péché. De chaque côté
les deux petits kimonos représentent le bon et le
mauvais larron. Disons mieux: la chair amortie par le refus
et la chair transfigurée par l'acceptation. Récemment,
quelques artistes de Tokyo ont joué le Nô intitulé
Résurrection. Pour la circonstance, au lieu du traditionnel
pin vert et tortueux en fond de scène, les acteurs
ont choisi spontanément les trois étendards
de Gaston Petit. Le symbolisme avait passé la rampe!
Il est bon de se laisser imprégner
par la force intuitive qui se dégage de l'uvre
de Gaston Petit, avec lui de se tourner vers l'intérieur.
Admirer la magie qu'ont les formes et les couleurs de ses
travaux. Son uvre nous dévoile un coin de l'invisible.
Admirer l'harmonie qui se retrouve dans l'utilisation que
l'artiste fait de choses aussi disparates que le bois, le
papier, le tissu, les canevas, les ficelles, etc. Le symbolisme
des étendards envoûte, mais n'écrase
pas le voyeur. Il parfume le cur comme le bois de
santal embaume la hache qui le coupe.
Le symbolisme de l'uvre de Gaston Petit
se fait accueillant, habitue l'esprit aux fatigues quotidiennes,
aux contrariétés de la vie, aux mots parfois
amers du voisinage. Bannières qui annoncent discrètement
que Celui qui a porté nos angoisses est sorti Vainqueur
d'une humanité blessée.
Suite : >>>>>
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