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Les trésors de l'art religieux
« La beauté sauvera le monde » Dostoïevski

Exposition de juin à septembre 2002 

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2002-05-30

(Page 2)

Exposition de Gaston Petit, o.p.

L'oeuvre au religieux

Présentation par Paul-Henri Girard o.p.

Au havre d'un accord

C'est avec beaucoup de simplicité qu'il faut regarder les détails de ce tableau. Au centre, un immense escalier blanc qui relie terre et ciel. Au bas, une jeune fille est assise sur la première marche. Ses yeux fixent un livre. Elle tourne les pages avec ses doigts respectueux. Elle cherche le mot, la prophétie… Un fruit a roulé jusqu'au milieu de l'escalier, dont le sens symbolique n'échappe pas: fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tel que le livre de la Genèse le décrit.

Non loin de la jeune fille s'ouvre une grande fleur de lotus, emblème d'innocence et de pureté retrouvée. Un peu en retrait mais suffisamment visible s'est posée une colombe. Elle semble venu livrer un message de la part des trois personnages qui dialoguent au haut de l'escalier.

Je dis que c'est une bonne Nouvelle, à cause des trois danseurs - grand merci à Matisse pour l'inspiration! - qui font la ronde sur le mur vert et bleu de l'escalier. MétaphangeÀ coup sûr, se prépare une fête. Ce n'est pas encore le déploiement d'une Annonciation, mais une recherche dans le livre d'Isaïe d'une prophétie sur le point de se réaliser. Une parole qui apportera l'Emmanuel au milieu de nous. Ce tableau d'une grande beauté reflète la paix, prépare au mystère qui va bientôt éclater L'étonnant messaged'abord dans Métaphange (fig. 3), mais surtout dans le triptyque de L'étonnant message (fig. 4). Deux œuvres envoûtantes qui éparpillent sur nous grâces et fleurs à profusion.

L'étonnant message

Les artistes, sous des dehors parfois désinvoltes, sont timides devant leur œuvre. Ils ont besoin d'être rassurés. À preuve cette question qu'un jour Gaston Petit me posa subitement: D'après toi, cette toile, elle représente quoi?> Au risque d'être piégé j'ai répondu: Une Annonciation?. Je poussai un long soupir de satisfaction, lorsque Petit me dit que j'avais vu juste. Tout dans cette œuvre justifie le titre, mais la présentation est si personnelle que j'aurais pu facilement dérailler.
Du côté gauche en gros plan un personnage masculin. Il porte une ombrelle, qu'il présente à une dame, qui se tient debout à l'autre extrémité du tableau. Elle semble acquiescer, puisqu'elle penche gracieusement la tête vers l'homme qui fait le geste de donner. Version extrême-orientale d'annoncer le mystère qui relie Dieu au monde! Il s'agit bien d'une reprise du thème mille fois peint et dessiné dans l'iconographie chrétienne, celui de l'Annonciation.

L'ombrelle - ou le dais - a été depuis le temps des Assyriens, des égyptiens, des Mayas, jusqu'à nos récentes processions de Fête-Dieu le signe de la royauté, du pouvoir divin. Les dignitaires royaux choisis par quelque divinité sont généralement dépeints sous une ombrelle ou un dais, auxquels ont souvent été associées gerbes et couronnes de fleurs pour exprimer la joie, le ravissement devant le mystère qui va s'accomplir.

L'œuvre est faite de tissus collés et peints sur bois. Elle est exécutée dans un vocabulaire tout à fait japonais. Le personnage masculin porte un vêtement de Kabuki, théâtre classique japonais. La dame est vêtue d'un kimono élégant mais sobre. À ses pieds un instrument musical appelé shamisen, (genre de mandoline à trois cordes) au lieu du traditionnel Livre d'heures que peignent les artistes occidentaux. Kabuki, kimono, shamisen: une scène bien orientale, mais tout cela n'étouffe pas le message: Je te salue, tu es Privilégiée! Scène aussi valable que celle par exemple représentée par un autre dominicain, Fra Angelico, et montrée au couvent Saint-Marc de Florence.

C'est heureux que Gaston Petit ne soit pas tombé dans le travers du plagiat. Je veux dire qu'il ait su éviter le piège de l'imitation banale qui aboutit à l'usure du déjà vu, à la perte du sens profond de la force créatrice, qui d'ailleurs ne ferait que mener vers la mièvrerie de la crédulité. Au contraire, Petit est allé plus avant, trouvant des symboles qui correspondent à la culture du pays où il missionne, et aussi à la façon qui lui est propre de vivre un mystère aussi grand.

étendards d'un jour

étendards d'un jour fait aussi parti de l'œuvre au religieux, à n'en pas douter. Leétendards un jour, étendars toujours titre au complet est étendards un jour, étendards toujours (fig. 5). Je rappelle ici l'atmosphère de la première et combien magnifique exposition, dont cette œuvre faisait partie. Nous sommes en 1992 au Musée des Beaux-Arts de Yokohama. À l'entrée de la Galerie d'exposition le visiteur fait face à trois étendards presque au garde-à-vous, exigeant de celui qui s'approche du lieu un moment de recueillement, d'attention: Regardez-nous. Ne passez pas sans nous voir semblent dire les étendards.

On comprend vite que ces étendards jouent un rôle analogue à celui du tatebyobu (paravent), ce petit mur mobile qui se trouve à l'entrée des vieilles maisons japonaises et dont le double rôle est de protéger des indiscrétions de la rue et en même temps chasser les esprits maléfiques qui pourraient venir brouiller la joie de la maisonnée. Dieu, tu es un Dieu caché! C'est vrai, mais Il se révèle à qui a la patience de le chercher. Le religieux dans l'œuvre de Petit exige le même effort. étendards un jour est un bon exemple de la patiente recherche.

Une trilogie composée de trois kimonos décousus et collés en aplat sur des panneaux de bois de même dimension et de même forme que les vêtements. Le kimono du centre, sensiblement plus grand que les deux autres, est blanc. Il porte sur le collet une marque noire. Une longue bande rouge descend jusqu'au bas du vêtement. Au revers un soleil rouge se dégage lentement d'un tracé en méandre noir. Les deux autres kimonos sont l'un doré, l'autre noir.

À l'avers, le tout représente une Crucifixion. Il n'y a pas de croix, ni de calice pour recevoir le sang de l'Agneau immolé. Mais le mystère du salut est clairement exprimé. L'ensemble pourrait s'inspirer des crucifix siennois, où le Christ peint sur le bois fait corps avec le support même. Au revers, les vêtements cruciformes représentent une résurrection. Magie d'une transfiguration pascale!

Le kimono du centre représente le Christ portant sur la poitrine la marque noire d'une blessure laissée par la lance et d'où s'échappe une longue traînée de sang. Le soleil rouge de la résurrection est là, un soleil qui sort victorieux des courbes sinueuses du péché. De chaque côté les deux petits kimonos représentent le bon et le mauvais larron. Disons mieux: la chair amortie par le refus et la chair transfigurée par l'acceptation. Récemment, quelques artistes de Tokyo ont joué le Nô intitulé Résurrection. Pour la circonstance, au lieu du traditionnel pin vert et tortueux en fond de scène, les acteurs ont choisi spontanément les trois étendards de Gaston Petit. Le symbolisme avait passé la rampe!

Il est bon de se laisser imprégner par la force intuitive qui se dégage de l'œuvre de Gaston Petit, avec lui de se tourner vers l'intérieur. Admirer la magie qu'ont les formes et les couleurs de ses travaux. Son œuvre nous dévoile un coin de l'invisible. Admirer l'harmonie qui se retrouve dans l'utilisation que l'artiste fait de choses aussi disparates que le bois, le papier, le tissu, les canevas, les ficelles, etc. Le symbolisme des étendards envoûte, mais n'écrase pas le voyeur. Il parfume le cœur comme le bois de santal embaume la hache qui le coupe.

Le symbolisme de l'œuvre de Gaston Petit se fait accueillant, habitue l'esprit aux fatigues quotidiennes, aux contrariétés de la vie, aux mots parfois amers du voisinage. Bannières qui annoncent discrètement que Celui qui a porté nos angoisses est sorti Vainqueur d'une humanité blessée.

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