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Les trésors de l'art religieux
« La beauté sauvera le monde » Dostoïevski

Exposition de juin à septembre 2002 

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2002-05-30

Exposition de Gaston Petit, o.p.

L'oeuvre au religieux

Présentation par Paul-Henri Girard o.p.

On aura remarqué le titre de ce texte. Il ne s'agit pas de l'œuvre religieuse de Gaston Petit, mais de son œuvre au religieux. La nuance me parait importante. Les madones de Raphaël, même si elles sont intitulées: La Mère et l'Enfant, ne sont pas nécessairement des œuvres religieuses, surtout si on sait que l'artiste a voulu peindre une de ses maîtresses. Par contre les prostituées de Rouault, au premier abord sans lien avec le religieux, si elles expriment la misère humaine, le repentir du cœur, sont religieuses, puisqu'elles sont une approche du mystère du salut. Même chose pour le beau, le vrai. Laissons tomber nos préjugés, pour nous ouvrir aux dimension de la Création.

Je lisais récemment dans un magazine à grand tirage un interview de Philippe Starck, qui résumait sa pensée par une boutade: Je suis contre le beau, je préfère le bon. Starck visait surtout le design industriel, et faisait clairement passer le bon avant le beau, à cause de ses exigences d'efficacité. Au fond je me demande si nous n'avons pas là un reflet de la pensée des artistes contemporains. Le beau étant, disait-on jadis la splendeur du vrai, exigeait de l'œuvre artistique qu'elle soit belle, admirable, objective, intemporelle. Préférer le bon aujourd'hui c'est exiger de l'œuvre qu'elle soit avant tout utile, intime, subjective, plus engagée dans le temps, marquée de secousses parfois inattendues.

Entendons-nous! Je ne dis pas que les artistes contemporains font fi du bon, du beau et du vrai dans l'art, qu'ils négligent une certaine splendeur objective pour se réfugier dans le provisoire et l'éphémère. Je dis que le sentier qui s'ouvre, sans nier l'ancien, amène une perspective que les siècles passés - la Renaissance surtout - ont souvent délaissée. L'art contemporain m'apparaît comme l'être humain, c'est-à-dire quelque chose qui vit, qui respire et qui sait mourir, s'il le faut. En somme, moins splendide que sincère.

Une œuvre, qui, excluant fumisterie et dilettantisme, livre selon les états d'âme passagers de l'artiste les plis et replis du cœur: tendresse, angoisse, et laideur, pourquoi pas? Pensons aux visages torturées de Picasso, aux christs défigurées de Germaine Richier, aux filles de rue de Rouault. Pensons aux turbulences d'Henri Michaux, aux personnages grotesques d'un Bacon, à l'homme décharné de Giacometti. Heureux bien sûr de retrouver dans tout cela l'humour d'un Folon, les fantaisies lunaires d'un Chagall, les arabesques joyeuses d'un Matisse, les personnages soufflés-essoufflés d'un Botero.

Picasso aurait dit: Je ne cherche pas, je trouve. Ce mot sied bien à la mentalité de l'artiste actuel dans la mesure où il peut exprimer son réel vécu à travers le rêve, les secousses de l'inconscient, le dynamisme engagé qui bannit la répétition, les fausses confidences. L'artiste contemporain essaie de traduire à travers son art défis et risques de la vie: anecdotes et humour, brisures du temps, lâchetés du démissionnaire, semences de contemplation.

Son effort consiste à réconcilier dans un geste de compassion gloire d'un Dieu inimaginable et petitesse de l'homme, ce roseau pensant. Or, si tout cela qui vient d'un cœur mis à nu est vrai et sincère, je dis que l'artiste atteint ainsi le religieux. C'est à travers cette vision particulière de l'art que je regarde l'œuvre au religieux de Gaston Petit.

Gaston Petit ne peut pas nier ce qu'il est: d'origine canadienne, membre d'un jeune pays qui cherche encore son identité à travers les hauts et les bas d'une modernité complexe. Il est aussi conscient de ce qu'il est devenu: chrétien, prêtre et dominicain, dont la mission est de témoigner la Vérité sous toutes ses formes - l'art n'y échappe pas - et par surcroît missionnaire au Japon depuis 40 ans. Riche de deux cultures occidentale et orientale. Il faudra s'en souvenir tout au long de ce regard plutôt sommaire sur son œuvre artistique.

Dans ses moments de créativité l'artiste lui-même ne sait pas toujours qui va l'emporter: Occident ou Orient? profane ou religieux. Il a bien raison. Tant de choses échappent à nous-mêmes! Mais enfin, il est louable d'essayer de retrouver dans l'œuvre de Gaston Petit l'étincelle qui relie l'humain au divin. Relier, tel est le sens originel du mot religieux utilisé ici.

L'œuvre au religieux dans l'art de Gaston Petit! Je serai franc en disant que ce n'est pas toujours évident. La touche religieuse se perçoit le plus souvent à travers des mots échappés au cours d'une conversation, un écrit sur un sujet souvent profane, une toile qui n'émet pas nécessairement des rayons de bonne conduite. Je veux partir d'exemples concrets pour découvrir le religieux dans l'œuvre de Petit.

L'Oreille au guet

Un jour, un collègue dominicain - peut-être voulait-il le faire réagir ou encore éprouver ses convictions - dit à Gaston Petit: Mais enfin, tu es prêtre et missionnaire, quand vas-tu faire de la peinture religieuse? Petit venait tout juste de terminer la toile intitulée L'Oreille au guet. (fig. 1). Un peu à contrecœur - sera-t-il compris? - il expliqua: Regarde cette toile, tu ne l'a trouves pas assez religieuse? Ce chien entre les chambranles de la porte ne te rappelle rien, toi dominicain? Regarde, il tend une oreille attentive autant aux bruits du dedans qu'à ceux du dehors. Ce chien n'est pas là par hasard.

Selon la légende dominicaine, Jeanne d'Aza, mère de celui qui deviendra plus tard saint Dominique, le fondateur de l'Ordre des Dominicains, vit en songe un chien portant dans sa gueule un flambeau allumé sortir soudainement de son sein pour aller enflammer le monde. Dominique symbolisé ici par le chien se tient au centre de la toile. Il est à l'écoute de ceux et celles qui souffrent d'être privé de la vérité, happé par les mensonges de la facilité.

Le chien-Dominique, se tient là, prêt à courir leur porter le mot qui console, la parole qui rassure. Tous ces gens qui l'entourent sont des personnages de son temps et du nôtre: dévotes, prostituées, bons et mauvais larrons. Tous ont besoin de se dire dans une plainte, d'élever la voix. Le chien médite leurs propos. Lui qui se sait dans le monde sans être de ce monde, est attentif au rythme du temps qui passe et repasse au balancier de l'humaine fragilité.

Mesure à deux temps, mesure à quatre temps, mesure à vingt ans, mesure a cent ans: c'est le fruit temporel qui rythme la danse des personnages en silhouettes derrière des carreaux de papier. Ils bougent sans cesse, ces personnages, comme ensorcelés par la musique de l'hérésie, des trahisons, du mensonge. Comment les rejoindre, leur faire passer le seuil qui mène à la paix du cœur? Dominique prie, tend l'oreille, attend. Il attend patiemment les ordres de l'oiseau-Esprit qui vient de se poser sur le linteau de la porte. Dominique sait que si l'Esprit féconde sa parole, celle-ci peut devenir ardente et réchauffer.

Quand vas-tu faire de la peinture religieuse? Que cherche-t-il ce collègue, dans l'œuvre de Petit? Des vierges pâmées, des christs sanguinolents, des images Au havre d'un accordpieuses? Cela n'existe pas. À qui sait regarder avec les yeux du voyeur, l'œuvre de Petit, comme dans la toile de l'Oreille au guet, ou encore celle de Au havre d'un accord (fig. 2), ne se dit pas camelote mais miroir de la sincérité.

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